21 juin 2009

Chronique 5

Led avait intégré la guilde depuis une semaine. Les gars l’avaient vite surnommé Led-Shrrg à cause de ses phalanges qui raclaient la poussière. Je n’arrivais pas à m’y faire ... Ce bruit avait le chic pour me rendre nerveuse et je n’étais pas la seule.
Pour ajouter à la tension générale, le chef était parti à la hâte depuis cinq jours. Une missive l’enjoignait de rejoindre au plus vite Lokpo. Un conseil exceptionnel allait s’y tenir qui réunirait tout les chefs de guilde, Moriokienne et Tyndanienne confondues ... De mémoire d’homme, jamais pareil rassemblement n’avait eu lieu dans le royaume. Bien sûr, la lettre n’expliquait pas la raison de cette convocation mais elle provenait d’Olk en personne et nul ne conteste les décisions du mage ...

Le vieux nous avait laissé sous le commandement de sa femme ... Eternia sait combien je la respecte et apprécie son esprit subtil au milieu de cette bande de barbares, mais bon sang lui confier la direction du camp ! Même pour quelques jours ! C’était comme demander à une gentille maîtresse de faire visiter un musée de porcelaine à des ados sous amphétamines ! Dès le premier jour de son intendance elle a annoncé la couleur ...

« Bien, mes amis, j’ai de bonnes nouvelles pour vous. En l’absence de mon mari, toute expédition dangereuse est annulée ! Je vous apprécie trop pour être responsable du moindre accident ... »

Les gars ont tiré une tronche d’ahuri à rendre jaloux le plus crétin des crétins ! Seuls Senseï et Ibéria ont soupiré de bonheur à l’idée de pouvoir passer des heures dans les prairies à gambader, main dans la main ... Les amoureux comme on les surnomme. Beaucoup se demande pourquoi ils se sont enrôlés dans la guilde ! Pas faits pour le combat.... C’est l’amour qui les anime pas les armes... entre elle qui lui fait les yeux doux entre deux tirs de flèche, et lui qui l’attire contre son torse nue dès qu’elle est dans sa ligne de mire ! P’têtre que certains voudraient les voir partir mais j’espère que ca n’arrivera pas... Ils nous rappellent qu’on est humain... au milieu de tout ces morts ça fait du bien.


Devant le silence général, Eternia a ajouté :

« Allons, allons, je sais combien il est dur pour vous d’exprimer votre gratitude en public. Ne vous en souciez pas, votre silence parle de lui-même. »

C’est sans doute ce qui me plaît le plus chez elle. Cette bonté, qui lui fait voir le monde avec une telle compassion que les messes basses ou les sous-entendus n’y ont pas leur place.

« Bien, voici le programme que je nous ai concocté pour les jours à venir ! A-t-elle poursuivi. Nous allons follement nous amuser ! Tout d’abord, un petit jeu de course et d’habileté au cours duquel il faudra attraper les moutons du cheptel qui nécessitent une tonte, vous profiterez également de se temps d’accalmie pour nettoyer vos tentes qui, croyez moi, ne sentent pas la rose. J’aurai besoin de quelques téméraires, pour administrer à mon dragouné un sirop pour la toux, le pauvre a une angine qui l’empêche de cracher son feu correctement. Ho j’oubliais, pour ceux que cela intéresse, ce soir naissance, si tout ce passe bien, de chamodindes. Un beau spectacle en perspective n’est-ce pas ? Une fois toutes ces tâches accomplies et bien nous verrons ... Je suppose qu’une escapade dans le repère des lutins champêtres ne serait pas imprudent à condition que Vrael et ses assistants nous accompagne. »

A cet instant, le plus crétin des crétins aurait rebroussé chemin, persuadé de ne pouvoir récupérer son titre ...

« Chef, je trouve tout ceci très palpitant. Sincèrement j’aimerais participer à toutes ces activités mais je me suis engagé auprès d’un ami pour l’aider à combattre une vouivre. Pourrais-je avoir une dérogation pour le rejoindre ? »

C’était mon mari. Il avait sorti tout l’attirail pour obtenir gain de cause : yeux de velours, voix chaude qui ronronne, ton condescendant, sourire de bellâtre et bien sur cette fabuleuse introduction : « chef », histoire de ne pas remettre en cause le commandement d’Eternia. Le saligaud, il savait y faire !

« Une vouivre ?! C’est sans doute l’un des monstres les plus redoutables de ce royaume ! Je ne peux pas t’autoriser une telle escapade, je suis désolée, s’il t’arrivait malheur je ne me le pardonnerais pas. »

« Vous avez raison chef, mais je n’aurai jamais osé vous demander cela si je n’étais pas sûr de la victoire. Voyez-vous l’ami en question est Roublas, l’un des nécrop les plus ancien du royaume. Il combat des trolls et des centaures les yeux fermés. De plus je ne ferai qu’assister au combat Sincèrement, cette vouivre n’a aucune chance.... »

Là, les gars ont balancé un coup d’œil à Ecce-Deus comme s’il s’agissait de l’ennemi à abattre ... Non seulement il allait se payer du bon temps au combat mais en plus avec un nécrop ! Je connais bien mon mari, je suis persuadée qu’intérieurement il jubilait... Il n’avait jamais fait de distinction entre les races, pour lui seul l’individu comptait.

« Bon, je te fais confiance. Si c’est avec ce nécrop effectivement le risque est moindre. »

A cet instant, certains ont vu là le filon à exploiter ... Le lutteur Kricket a fait une tentative trop chaotique pour sembler vraie.

« Heu, m’dame moi aussi j’ai une proposition pour un If-Fou ... Tranquille j’vous promets... avec des potes à moi, d’vrais tueurs. Zont beaucoup d’expérience alors un arbre ensorcelé... Pouaf ... Vous imaginez ... Two fingers in the nose ... C’est pas les yeux fermés qu’on le butte, c’est les mains attachées ... Une vieille souche quoi, pour alimenter le feu ce soir... J’peux y aller ? »

« Certainement pas ! Une exception pas deux ! »

Là, les gars ont balancé un coup d’œil à Ecce-Deus comme s’il s’agissait de l’ennemi à torturer avant de l’abattre ...

Voilà comment nous avons passé une semaine à rien foutre, à tournoyer comme des guêpes prises au piège. Nos dards étaient à l’affût du moindre incident, prêts à piquer. Mettez une cinquantaine de guerriers au repos forcé et vous regretterez les coups d’état, les intrigues et les meurtres qui réclament vengeance ! Exception faite d’Eternia, qui conserva ses résolutions. Loin d’être bête, elle avait très vite compris que ses projets n’obtenaient pas l’approbation générale, mais cette bonne femme a un sacré tempérament. Au bout du troisième jour, elle a rassemblé tout le monde et d’une voix tranchante à déclaré :

« Vous croyez que je ne sais pas ce qui se murmure lorsque j’ai le dos tourné ?! Vous croyez que j’ignore vos combines pour pouvoir vous échapper et aller briser quelques nuques ? Le premier qui ose sortir de ce camp sans ma permission devra répondre de ses actes devant mon mari dès son retour ! Est-ce clair ? Je suis peut-être trop fleur bleue à vos yeux mais personne, vous m’entendez, personne ne mourra sous mon commandement ! Il n’est pas question que ma conscience me hante le reste de mes jours pour la mort de l’un de vous !!! »

Eternia ne s’énerve pas souvent, Eternia ne s’énerve jamais pour ainsi dire ... Mais là ... Pffff ... j’crois qu’on a tous regretté de ne pas aimer le crochet et les jeux de société ...

Chronique 4

Le lendemain, la rumeur d’un nécrop parmi nous s’est engouffrée dans les rangs comme un vent pestilentiel, apportant son lot de cris et de contestations. Beaucoup dans la compagnie ont parié sur leur pouvoir de dissuasion pour faire revenir le vieux sur sa décision ... C’était sans compter sur la ténacité du chef ! Certains menaçaient de quitter la guilde. « Bonne route ! » leur balançait Hastur avec détachement. D’autres, plus malins, mettaient en avant d’un ton faussement alarmé qu’un accident était vite arrivé, que le type risquait d’y passer.
« Faudra qu’tu m’expliques comment on bute un macchabée ! » rétorquait le vieux hilare.

Durant toute la journée qui a suivi mon escapade nocturne, j’ai vu défiler la plupart des hommes dans la tente d’Hastur, aussi furax à l’arrivée qu’au départ. En temps normal, lorsque ce genre de crise surgit au sein de la guilde, Eternia s’affaire à concilier tout le monde, à apaiser les rancœurs de chacun, elle a un don pour ça. Ce ne fut pas le cas. Elle demeura indifférente au tumulte qui animait les troupes, solitaire, accoudée à la barrière de l’enclos où cavalaient bêtement ses chamodindes comme des bigotes effarouchées par une horde de trolls en rut. Sans doute le souvenir de ses bêtes tombées la veille au combat la rendait insensible aux tourments des autres, sans doute ... Je peux comprendre ...

Lorsque le Toubib et Plomb ont fait leur apparition en fin de matinée, le corps imbibé d’alcool, la démarche houleuse, le chef s’est carré sur leur passage, flanqué de deux chevaliers à la mine patibulaire.

« Le buffle, a-t-il ordonné à Plomb, ramasse le tas d’ordures qui se sert d’affaires ! Tu pars pour Ambilol dans la demi-heure, j’ai une mission pour toi. »
« Peu pas dormir un peu avant ? J’ai la tronche qui m’joue la 5ème symphonie d’Inguain. »
« Ya pas écrit centre de vacances sur ma gueule !!! A hurlé le vieux. Bordel ! Si tu veux pas entendre les trompettes de Zarg te jouer la charge héroïque, t’as intérêt à t’magner l’troufion !!! »
« C’est bon, criez pas, patron. Ca m’laboure les méninges...» A marmonné le buffle en s’éloignant.
« Vu l’état dans lequel il est j’crois qu’je vais devoir l’accompagner. L’enfant d’salaud a noyé le peu d’neurones qui remplissent sa cervelle dans la vinasse la nuit dernière. S’rait capable de faire escale sur l’ile du Repos pour s’faire bronzer ! »
« T’iras nulle part ! Ya une pelletée d’blessés qui t’attendent ! Le duo poivrot et poivrot c’est fini ! Terminé ! Va faire ton boulot avant que j’t’expédie dans la catégorie estropié ! »
Le toubib est resté comme deux ronds de flan ...

Chronique 3

La nuit œuvrait depuis longtemps pour favoriser les traquenards et les mensonges propices aux ombres malveillantes. Dans le campement, mes frères d’armes combattaient les multiples démons qui peuplent leurs cauchemars. Seuls le Moustique et le Buffle n’étaient pas rentrés de leur virée nocturne. Sans doute passeraient-ils la nuit dans un tripot malfamé.
Quand ils ne sont pas occupés à se chercher des noises, ces deux là font la paire pour détrousser aux dés les marins de passage.

Je n’arrivais pas à trouver le sommeil, j’avais passé une sale journée. J’ai donc pris ma plume pour retranscrire notre échec cuisant de l’après-midi contre un griffon ... On avait subit de sacrées pertes, le piaf s’était révélé plus résistant que prévu. On a beau dire sage comme un hippogriffe, la bestiole n’avait pas hésité à faire preuve de sauvagerie pour sa survie. Normal me direz-vous, personne n’ouvre les bras devant l’ennemi et salut l’arme qui lui ôte la vie. C’est sur, seulement au moment de passer à l’attaque, ya toujours cette petite pensée stupide « t’inquiète t’es l’plus fort, c’est qu’un monstre sans cervelle. » qui traverse votre esprit. D’où l’désarroi lorsque le monstres en question lacère de ses griffes empoisonnées plusieurs de vos camarades et se révèle plus intelligent que prévu. Le soir, personne n’avait eut le cœur à festoyer. Eternia était de nous tous la plus à plaindre. Beaucoup de ses bêtes avaient mis un point final à leur destinée.

Shrrg ... Shrrg ... Shrrg ... Le bruit a attiré mon attention. L’éclat livide de la pleine lune a dessiné sur la toile de ma tente une haute silhouette rachitique. La Peur a lâché sur moi sa meute de chiens enragés et leur haleine glacée à saisi d’effroi mon corps engourdi.
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Shrrg ... Shrrg ... Shrrg ... C’était un bruit venu de l’au-delà, un bruit qui devançait la mort. Je connaissais ce son funèbre, je l’avais déjà entendu. Un Nécrop ! Dans notre campement ! Bordel !

J’ai foncé vers ma couche pour réveiller mon mari. Ecce-Deus c’est son nom. Un poil mégalo le type pour porter un nom pareil me direz-vous... Pas vraiment, c’est juste un pseudo pour paraitre plus important auprès des puissants et obtenir d’eux ce qu’il désire. Pour un forintien cela semble logique, car la ruse fait vibrer ses méninges 24h00 sur 24. On compare les forintiens aux chats de l’antiquité qui gouvernaient les régions du sud, entre la péninsule des gnomes et le delta d’Entaria. D’après la rumeur, ils en seraient les descendants direct, d’où cette agilité, ces yeux en forme d’amande et cette pilosité abondante qui les caractérise. Vous trouverez d’ailleurs dans chaque cité forintienne une statue en l’honneur d’Atala, reine des félidés. Dans les veines de mon mari coule ce sang vif et indomptable. Si vous vous rendez au village qui borde la rivière Goz, là où les huiles du royaume viennent en villégiature, vous le croisiez peut-être en train de discuter avec le gotha ou encore de provoquer en duel ses adversaires pour montrer sa valeur. Aussi talentueux pour draguer les minettes que pour vous dégoter les tenues de combat dernier cris. Ça fait longtemps que j’ai arrêté de le suivre dans ses calculs pour trouver les meilleurs équipements, trop compliqué. Peux pas dire qu’il ramène beaucoup de tune mais il a d’autres qualités et il me plait tel qu’il est.

J’ai donc foncé vers lui, ses ronflements rappelaient un orage lointain...

« Réveille-toi ! Ai-je murmuré. Bon sang, par toutes les matrones d’Alwatath tu vas te réveiller ! »

Le sommeil de mon mari maintenait son emprise avec une facilité déroutante. C’était une bataille perdue d’avance. Comme dit le dicton « chat qui dort fait concurrence aux morts ».

Sans trop réfléchir j’ai enfilé à la hâte ma cape et la peur au ventre je me suis engouffrée dans l’obscurité. Fallait prévenir le chef au plus vite. La vue de sa tente éclairée m’a rassuré, il ne dormait pas. Peut-être avait-il lui aussi senti la présence du nécrop ....

« Chef, c’est Eriaka, je peux entrer ? C’est important. »
« Entre. »

Quand j’ai soulevé la tenture, il se tenait assis sur son coffre, tout habillé comme s’il s’apprêtait à partir au combat. Y’avait une étrange lueur dans ses yeux, la lueur d’un type qui s’apprête à vous jouer une farce qu’il sera le seul à trouver de bon goût. J’ai pas aimé, mais la raison de ma visite était plus importante, j’ai donc relégué dans un coin poussiéreux de ma cervelle mes doutes.

« On a un gros problème patron ! Un nécrop se ballade dans le campement ! »
« Un nécrop, vraiment ? »

Ptin il était vraiment trop calme, la nouvelle aurait dû l’alarmer autant que moi. La Guilde ne recrutait pas de nécrop, c’était le règlement. Ces types, on ne pouvait pas leur faire confiance. Ils avaient la faculté de devenir invisible durant les combats, en profitaient pour fouiller dans vos poches ou encore vous foutre la main aux fesses ! Mais pire que tout c’était des macchabés, à l’apparence morbide car dépourvu de chair, revenues pour faire la nique à leur destiné et continuer de vivre.

« Ouè, ai-je insisté. Un sac d’os se tape l’incruste ! Faut faire quelque chose ! »

C’est alors que son regard s’est fixé sur un point sombre de la tente, une ombre s’est mise à bouger.

« Un nécrop dans ce genre ? » a demandé le chef d’un ton amusé.

L’ombre filiforme s’est avancée dans la lumière, révélant un guerrier Nécrop.

« Gribouille, c’est comme ça que me surnomme le chef ... je déteste, je te présente Led. Il rejoint la Guilde. »

J’ai cru déceler dans le visage osseux du nécrop un sourire démoniaque. Bien qu’à cet instant les chiens enragés de la Peur dévoraient mes entrailles, je ne me suis pas écroulée.

« P’tin patron vous n’allez pas enrôler un macchabée ! C’est contraire au règlement ! »

« C’est moi qui fait le règlement bordel ! Le vieux était furax. Après le fiasco d’aujourd’hui j’enrôle qui je veux ! »

J’ai hésité à poursuivre... Je risquais fort de m’attirer les foudres du patron... Puis d’un coup la trombine poilue du Buffle s’est dessinée dans ma tête.

« Et pour Plomb vous comptez faire comment ? Vous croyez ptêtre qu’il va l’accepter sans rien dire ? »

Plomb vouait une haine sans égale pour les nécrops... L’un d’eux avait tué ses parents lorsqu’il était enfant.

« J’y ai déjà réfléchi. Il va aller faire un séjour sur l’ile d’Ambilol étudier les plantes venimeuses de la forêt. »
« J’suis pas sure que le toubib apprécie beaucoup. »
« Je me contrefous de ce que pense le toubib ! Bordel, ça leur fera pas de mal à ces deux là d’être séparés un temps ! »
« Ouè mais... »
« Ya pas de mais ! J’suis crevé, j’veux dormir alors tire-toi. »

J’ai balancé mon regard le plus noir au nécrop, ce salaud ma salué avec une condescendance pleine de sournoiserie comme s’il se foutait de moi. J’ai tourné les talons, et suis repartie en fulminant.

Chronique 2

Aujourd’hui je reprends la plume pour poursuivre le récit ...
Certains d’entre nous avant le combat font appel dans le secret de leur cœur à un être cher sensé le protéger, d’autres récitent en silence des prières à leurs dieux ou encore endossent une vieille cape devenue au fil des batailles un porte-bonheur ... Tout ces rituels nous aident à affronter les épreuves que le destin s’amuse à dresser sur notre chemin ... Ces gestes, ces pensées nous les exécutons avec discrétion et pudeur, par crainte de dévoiler nos peurs. Mais malgré cet orgueil guerrier qui nous pousse à cacher nos faiblesses, à cracher à la face de la mort lorsqu’elle nous frôle, il est deux mascottes autour desquelles nous aimons nous réunir sans honte ni bravoure, avec une tendresse singulière. Elles nous aident à trouver la force d’avancer d’un même pas, d’une même conviction ... Nous les nommons nos muses : Drathanaelle et Randomize.

Le jour de leur arrivée dans la guilde, beaucoup de nos gaillards, seuls depuis trop longtemps, se sont mis à se pavaner dans les rues d’Unkut, le torse bombé comme un colosse dans le fol espoir d’attirer leurs faveurs, on pouvait les entendre depuis la péninsule des Gnomes brailler comme des trolls en furie, multipliant les rixes pour montrer leur valeur. Malheureusement pour eux, le soir venu, le chef s’est fait un devoir de saper leur enthousiasme. Bon sang, je ne peux pas m’empêcher de rire en repensant à cette soirée ! Nous étions tous rassemblés devant le pont nord d’Alwatath, sans trop savoir la raison de cette réunion. Certains jouaient aux cartes, d’autre tentaient de vendre leur camelote ... Puis le chef s’est amené, la mine sombre, le regard torve. Il a demandé à son aide de camps Feizal de le porter sur ses épaules pour être sûr que tous le voient, et d’un ton sinistre il s’est mis à gueuler :

« Ces deux femmes sont mes nièces ! Le premier troufion qui ose s’approcher d’elles aura droit à mon pied dans l’cul suivi d’une place de choix pour la prochaine expédition dans les marrés du Léviathan ! Bordel ! On n’entend plus qu’ vous dans tout l’royaume depuis ce matin ! J’ai trouvé ca marrant au début mais là... Ca commence à me GAVER franchement !!!!! »

De mémoire je n’ai jamais vu autant d’hommes troquer, en une seconde, leurs mines sinistres de mercenaires contre le visage ahuri d’un enfant qui vient de se faire réprimander. J’ai failli en pisser dans mon froc !

« Elles seront les muses de cette Guilde a-t-il ajouté. Que leur virginité inspire vos actes dans les combats et non vos fantasmes dépravés ! Gardez vos airs d’abrutis sans vergogne pour les saintes putains, bénis soient-elles, qui ont la bonté de calmer vos ardeurs chaque nuit! »

Le chef était content, son ptit discours avait fait son effet. Dans la plaine on pouvait entendre un moustique voler ... Malheureusement pour lui, c’était sans compter sur Mamichup.... Que dire de Mamichup ? C’est une Honu tout comme notre boss, bien qu’il refuse de voir en elle une compatriote, ce que je peu comprendre. Si je croisais un Zont de sa trempe, j’aurais tendance à m’teindre en blonde pour effacer toute trace de mes origines... Depuis toujours, elle est notre cuistot au grand drame de ceux dont l’appareil digestif n’a pas était formé à digérer le pire. Une vieille aussi coriace que la barbaque qu’elle nous fourgue à chaque repas ! Mauvaise comme une peste elfique. Je m’rappelle de ce jeune archer, une nouvelle recrue, qu’avait eu le malheur un jour de lui suggérer de moins cuire la viande. Ptin le gars a mis un mois à s’en remettre !

« Bouge pas j’reviens. » qu’elle lui a sorti.
Dix secondes plus tard, elle rabinait sa face de rat, la marmite au poing et sans crier gare lui servait comme chapeau. Le ragout était brûlant ! Pauvre petit ... Un mois à devoir mettre des onguents sur son visage pour soigner ses blessures ! Et quand le chef s’est mis à gueuler après elle, en la traitant de timbrée, la vioc s’est pas démontée !
« Zavez qu’à m’ramener aute chose qu’des vieux moutons comme viande ! J’suis pas magicienne ! On m’donne d’la merde, je sers d’la merde ! »

Donc comme je disais, Mamichup à débarqué après qu’Hastur ait annoncé les règles concernant ses nièces. Elle à fait face au chef et d’un ton sans équivoque à annoncé :
« Bah si ces deux là sont muses parce qu’elles sont pucelles, j’veux l’être aussi ! Ya pas d’raison ! »

Le vieux est resté con. Lui qui, d’habitude, a de la répartie pour fermer son clapet à la vioc, il trouvait rien à redire.

Au bout d’un moment, le choc passé, il a finalement bredouillé :
« Parce que toi t’es vierge peut-être ? »
« Et ouè mon gars ! Pourquoi, tu veux y remédier ? »
« Plutôt crever ! Tu veux être une muse ? J’y vois aucun inconvénient. Quand les gars penseront à toi, sa leur coupera la chique et mes nièces seront plus en sureté ! »

Voila comment on s’est retrouvé avec trois muses.... Deux aussi belles que sauvages et une aussi laide et mauvaise qu’un orc....

Chronique 1

Nous aurions dû sentir venir le vent de la panique et du changement, nous aurions dû faire preuve de plus de clairvoyance à la vue du mouvement des astres. Malheureusement le poids des siècles passés, identiques et sans surprises, s’était chargé d’endormir notre jugement. Pourtant les signes furent nombreux ... Des orques avaient quitté leur repaire pour s’avancer dans les plaines, frôlant la limite des villages ; d’autres monstres, d’ordinaire prévisibles, avaient appris à modifier leurs attaques surprenant les voyageurs sur des routes réputées sans risques. Autant de signes auxquels nous n’avions prêté foi ! A boire trop de bière dans les tavernes du Feukibrul, de la Sibière ou du Routarsou nos cerveaux s’étaient ramollis comme de la guimauve jetée dans le souffle du dragon.

Je m’appelle Eriaka, je suis un protecteur de la confrérie Rayanis et son scribe, chargée de retranscrire dans les annales les combats de mes frères d’arme. Lourde tâche croyez-moi. La guilde existe depuis des siècles, certains disent qu’elle fut fondée par un sage du nom d’Autocrat sur l’île des Jargs, pure légende ou vérité il est impossible à présent de savoir. Les annales de cette époque furent brûlées lors de la grande guerre qui opposa les forces du roi Zirtuk aux légions de Centaures.
Peu importe, notre chef aujourd’hui se nomme Hastur, un Honurion aussi dur et froid que l’acier dans lequel est forgée sa hache. C’est du moins ce qu’il laisse transparaître aux nouvelles recrues pour s’assurer de leur force morale. Nous les anciens ça nous fait marrer. En vérité le vieux est un mec bien, il sait gérer la guilde de façon équitable. C’est aussi un sacré homme d’affaires, comme tout les Honu me direz-vous ... possible. Même si il lui arrive de nous accompagner lors de nos virées, il reste la plupart du temps enfermé à travailler pour parfaire ses métiers. Durant ces périodes, pas moyen de le croiser dans les rues de Tynda ou d’Unkut. Plus d’une fois je l’ai retrouvé affalé, comme un poivrot, entre les caisses de l’atelier du forgeron, à pioncer comme un loir, le visage noir de suie. Dans ces moments là, je me dis que sa femme doit pas être des plus heureuses ... quoi que. Sa femme est le bras droit de la guilde, Eternia, une éleveuse dingue d’animaux ! Ça énerve certains de la voir se trimbaler partout avec ses bestioles, comme si l’on était un cirque. N’empêche que ses bestioles nous ont plus d’une fois sauvée la mise .... Perso, j’y vois rien à redire, du moment qu’elles ne viennent pas renifler sous ma tente.
Le chef raconte à qui veut bien l’entendre qu’elle le ruine avec toutes ses toilettes mais je le soupçonne de céder volontiers à ses désirs ... Il est aux petits soins pour elle et on est beaucoup à penser qu’elle le mérite.

Parmi les vétérans de la guilde ya Vrael notre toubib, expert dans son domaine et son acolyte Plomb, un chaman champion de la boustifaille et de la sieste durant les batailles ! Ces deux là sont inséparables. Peuvent pas s’empêcher de se chercher des noises ce qui crée de l’ambiance dans les rangs. Quand c’est pas Plomb qui change Vrael en arbre au cours d’un combat, c’est le toubib qui le laisse se vider de son sang tout en se marrant. Ça rend furax le chef, qui leur sort son laïus sur la fraternité au sein de la confrérie, leur responsabilité en tant qu’anciens etc ... Faut dire que les deux gaillards se connaissent depuis longtemps bien avant d’intégrer Rayani. Beaucoup pensent qu’ils se détestent mais les gens se plantent souvent. Je recommande à personne d’attaquer l’un quand l’autre est dans les parages ... il aurait une mauvaise surprise ! Le moustique et le buffle, c’est leurs surnoms.