21 juin 2009

Chronique 2

Aujourd’hui je reprends la plume pour poursuivre le récit ...
Certains d’entre nous avant le combat font appel dans le secret de leur cœur à un être cher sensé le protéger, d’autres récitent en silence des prières à leurs dieux ou encore endossent une vieille cape devenue au fil des batailles un porte-bonheur ... Tout ces rituels nous aident à affronter les épreuves que le destin s’amuse à dresser sur notre chemin ... Ces gestes, ces pensées nous les exécutons avec discrétion et pudeur, par crainte de dévoiler nos peurs. Mais malgré cet orgueil guerrier qui nous pousse à cacher nos faiblesses, à cracher à la face de la mort lorsqu’elle nous frôle, il est deux mascottes autour desquelles nous aimons nous réunir sans honte ni bravoure, avec une tendresse singulière. Elles nous aident à trouver la force d’avancer d’un même pas, d’une même conviction ... Nous les nommons nos muses : Drathanaelle et Randomize.

Le jour de leur arrivée dans la guilde, beaucoup de nos gaillards, seuls depuis trop longtemps, se sont mis à se pavaner dans les rues d’Unkut, le torse bombé comme un colosse dans le fol espoir d’attirer leurs faveurs, on pouvait les entendre depuis la péninsule des Gnomes brailler comme des trolls en furie, multipliant les rixes pour montrer leur valeur. Malheureusement pour eux, le soir venu, le chef s’est fait un devoir de saper leur enthousiasme. Bon sang, je ne peux pas m’empêcher de rire en repensant à cette soirée ! Nous étions tous rassemblés devant le pont nord d’Alwatath, sans trop savoir la raison de cette réunion. Certains jouaient aux cartes, d’autre tentaient de vendre leur camelote ... Puis le chef s’est amené, la mine sombre, le regard torve. Il a demandé à son aide de camps Feizal de le porter sur ses épaules pour être sûr que tous le voient, et d’un ton sinistre il s’est mis à gueuler :

« Ces deux femmes sont mes nièces ! Le premier troufion qui ose s’approcher d’elles aura droit à mon pied dans l’cul suivi d’une place de choix pour la prochaine expédition dans les marrés du Léviathan ! Bordel ! On n’entend plus qu’ vous dans tout l’royaume depuis ce matin ! J’ai trouvé ca marrant au début mais là... Ca commence à me GAVER franchement !!!!! »

De mémoire je n’ai jamais vu autant d’hommes troquer, en une seconde, leurs mines sinistres de mercenaires contre le visage ahuri d’un enfant qui vient de se faire réprimander. J’ai failli en pisser dans mon froc !

« Elles seront les muses de cette Guilde a-t-il ajouté. Que leur virginité inspire vos actes dans les combats et non vos fantasmes dépravés ! Gardez vos airs d’abrutis sans vergogne pour les saintes putains, bénis soient-elles, qui ont la bonté de calmer vos ardeurs chaque nuit! »

Le chef était content, son ptit discours avait fait son effet. Dans la plaine on pouvait entendre un moustique voler ... Malheureusement pour lui, c’était sans compter sur Mamichup.... Que dire de Mamichup ? C’est une Honu tout comme notre boss, bien qu’il refuse de voir en elle une compatriote, ce que je peu comprendre. Si je croisais un Zont de sa trempe, j’aurais tendance à m’teindre en blonde pour effacer toute trace de mes origines... Depuis toujours, elle est notre cuistot au grand drame de ceux dont l’appareil digestif n’a pas était formé à digérer le pire. Une vieille aussi coriace que la barbaque qu’elle nous fourgue à chaque repas ! Mauvaise comme une peste elfique. Je m’rappelle de ce jeune archer, une nouvelle recrue, qu’avait eu le malheur un jour de lui suggérer de moins cuire la viande. Ptin le gars a mis un mois à s’en remettre !

« Bouge pas j’reviens. » qu’elle lui a sorti.
Dix secondes plus tard, elle rabinait sa face de rat, la marmite au poing et sans crier gare lui servait comme chapeau. Le ragout était brûlant ! Pauvre petit ... Un mois à devoir mettre des onguents sur son visage pour soigner ses blessures ! Et quand le chef s’est mis à gueuler après elle, en la traitant de timbrée, la vioc s’est pas démontée !
« Zavez qu’à m’ramener aute chose qu’des vieux moutons comme viande ! J’suis pas magicienne ! On m’donne d’la merde, je sers d’la merde ! »

Donc comme je disais, Mamichup à débarqué après qu’Hastur ait annoncé les règles concernant ses nièces. Elle à fait face au chef et d’un ton sans équivoque à annoncé :
« Bah si ces deux là sont muses parce qu’elles sont pucelles, j’veux l’être aussi ! Ya pas d’raison ! »

Le vieux est resté con. Lui qui, d’habitude, a de la répartie pour fermer son clapet à la vioc, il trouvait rien à redire.

Au bout d’un moment, le choc passé, il a finalement bredouillé :
« Parce que toi t’es vierge peut-être ? »
« Et ouè mon gars ! Pourquoi, tu veux y remédier ? »
« Plutôt crever ! Tu veux être une muse ? J’y vois aucun inconvénient. Quand les gars penseront à toi, sa leur coupera la chique et mes nièces seront plus en sureté ! »

Voila comment on s’est retrouvé avec trois muses.... Deux aussi belles que sauvages et une aussi laide et mauvaise qu’un orc....

Chronique 1

Nous aurions dû sentir venir le vent de la panique et du changement, nous aurions dû faire preuve de plus de clairvoyance à la vue du mouvement des astres. Malheureusement le poids des siècles passés, identiques et sans surprises, s’était chargé d’endormir notre jugement. Pourtant les signes furent nombreux ... Des orques avaient quitté leur repaire pour s’avancer dans les plaines, frôlant la limite des villages ; d’autres monstres, d’ordinaire prévisibles, avaient appris à modifier leurs attaques surprenant les voyageurs sur des routes réputées sans risques. Autant de signes auxquels nous n’avions prêté foi ! A boire trop de bière dans les tavernes du Feukibrul, de la Sibière ou du Routarsou nos cerveaux s’étaient ramollis comme de la guimauve jetée dans le souffle du dragon.

Je m’appelle Eriaka, je suis un protecteur de la confrérie Rayanis et son scribe, chargée de retranscrire dans les annales les combats de mes frères d’arme. Lourde tâche croyez-moi. La guilde existe depuis des siècles, certains disent qu’elle fut fondée par un sage du nom d’Autocrat sur l’île des Jargs, pure légende ou vérité il est impossible à présent de savoir. Les annales de cette époque furent brûlées lors de la grande guerre qui opposa les forces du roi Zirtuk aux légions de Centaures.
Peu importe, notre chef aujourd’hui se nomme Hastur, un Honurion aussi dur et froid que l’acier dans lequel est forgée sa hache. C’est du moins ce qu’il laisse transparaître aux nouvelles recrues pour s’assurer de leur force morale. Nous les anciens ça nous fait marrer. En vérité le vieux est un mec bien, il sait gérer la guilde de façon équitable. C’est aussi un sacré homme d’affaires, comme tout les Honu me direz-vous ... possible. Même si il lui arrive de nous accompagner lors de nos virées, il reste la plupart du temps enfermé à travailler pour parfaire ses métiers. Durant ces périodes, pas moyen de le croiser dans les rues de Tynda ou d’Unkut. Plus d’une fois je l’ai retrouvé affalé, comme un poivrot, entre les caisses de l’atelier du forgeron, à pioncer comme un loir, le visage noir de suie. Dans ces moments là, je me dis que sa femme doit pas être des plus heureuses ... quoi que. Sa femme est le bras droit de la guilde, Eternia, une éleveuse dingue d’animaux ! Ça énerve certains de la voir se trimbaler partout avec ses bestioles, comme si l’on était un cirque. N’empêche que ses bestioles nous ont plus d’une fois sauvée la mise .... Perso, j’y vois rien à redire, du moment qu’elles ne viennent pas renifler sous ma tente.
Le chef raconte à qui veut bien l’entendre qu’elle le ruine avec toutes ses toilettes mais je le soupçonne de céder volontiers à ses désirs ... Il est aux petits soins pour elle et on est beaucoup à penser qu’elle le mérite.

Parmi les vétérans de la guilde ya Vrael notre toubib, expert dans son domaine et son acolyte Plomb, un chaman champion de la boustifaille et de la sieste durant les batailles ! Ces deux là sont inséparables. Peuvent pas s’empêcher de se chercher des noises ce qui crée de l’ambiance dans les rangs. Quand c’est pas Plomb qui change Vrael en arbre au cours d’un combat, c’est le toubib qui le laisse se vider de son sang tout en se marrant. Ça rend furax le chef, qui leur sort son laïus sur la fraternité au sein de la confrérie, leur responsabilité en tant qu’anciens etc ... Faut dire que les deux gaillards se connaissent depuis longtemps bien avant d’intégrer Rayani. Beaucoup pensent qu’ils se détestent mais les gens se plantent souvent. Je recommande à personne d’attaquer l’un quand l’autre est dans les parages ... il aurait une mauvaise surprise ! Le moustique et le buffle, c’est leurs surnoms.